25 septembre 2007
L’Afrique n’est pas en Sarkoland
L’Afrique n’est pas en Sarkoland
La polémique déclenchée par le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar fin juillet est loin d’être terminée. En tout cas, en Afrique. Dimanche, l’historienne Adame Ba Konaré, femme de l’ancien président malien, a proposé aux intellectuels africains de "mettre à niveau" les connaissances du chef de l’Etat français sur l’Afrique.
Nicolas Sarkozy devrait-il retourner sur les bancs d’école ? C’est ce que suggère Adame Ba Konaré, historienne et femme de l’ancien président malien, Alpha Oumar Konaré.
Depuis Bamako, elle a appelé dimanche les historiens africains à participer à la rédaction d’un manuel d’histoire sur leur continent, destiné à « mettre à niveau » les connaissances de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique. Une démarche qualifiée de "scientifique" par l’intéressée. Objectif : produire des connaissances pour s’opposer aux affirmations "pseudo-théoriques" du président français.
Des affirmations rendues publiques lors du discours prononcé par Nicolas Sarkozy, le 26 juillet dernier, dans l’enceinte de l’université Cheick Anta Diop à Dakar. Pour sa première visite en Afrique sub-saharienne depuis son élection, le chef de l’Etat français est loin d’être passé inaperçu.
"Le besoin de croire plutôt que de comprendre"
Dans un texte écrit par son conseiller spécial, Henri Guaino, il décrit une Afrique à la marge de l’Histoire, immobile et stationnaire. "Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez rentré dans l’Histoire. Le paysan africain (…) ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles", explique-t-il devant un parterre d’intellectuels sénégalais. Il déplore encore "le besoin de croire plutôt que de comprendre, de ressentir plutôt que de raisonner, d’être en harmonie plutôt qu’en conquête" de l’homme africain.
Le président français a beau qualifier de "crime contre l’humanité toute entière" l’esclavage et de "grande faute" la colonisation, sa condescendance passe mal sur le continent africain.
Selon Adame Ba Konaré, ces affirmations "reposent sur des poncifs, des théories euclidiennes sur l’Afrique, sur l’imagerie coloniale, qui disaient que l’Afrique n’avait pas d’Histoire, qu’il fallait venir admirer l’enfance du monde en Afrique, que l’Africain était installé dans l’immobilisme et qu’il n’y avait pas de dynamisme dans les sociétés africaines". L’historienne a donc décidé de mettre en place un Comité de défense de la mémoire africaine. Le recueil des articles écrits par les intellectuels africains devrait paraître courant 2008. Un exemplaire sera bien sûr envoyé à l’Elysée.
"Une anthropologie raciste"
Près de deux mois après ce discours, le débat est donc toujours vif en Afrique. Et ce d’autant plus qu’en France, la polémique a fait pschiit. Au lendemain du discours, Le Monde titre A Dakar, Nicolas Sarkozy appelle l'Afrique à "renaître" et à "s'élancer vers l'avenir". Et de détailler le discours du président. Les deux journalistes qui co-signent l’article ne recueillent aucune réaction. Ou ne les publient pas.
Ce n’est qu’un mois plus tard, alors qu’écrivains, historiens et hommes politiques africains multiplient les tribunes dans les médias africains, que la presse française se réveille. Le 24 août, Le Monde publie Le faux pas africain de Sarkozy. Philippe Bernard, qui avait cosigné l’article du 27 juillet, écrit : "La stupeur des invités et le torrent de commentaires indignés que suscite jusqu’à aujourd’hui le discours de Dakar parmi les intellectuels africains proviennent surtout des sentences définitives et globalisantes, à forte teneur culturaliste, voire essentialiste, qu’a assénées le président français à propos de 'l’homme africain'".
Les intellectuels africains trouvent désormais de la place dans les médias français. Ils signeront de nombreuses tribunes, notamment dans Libération. Certains intellectuels et chercheurs français prennent part au débat. Pas trop tôt, a-t-on envie de dire. Le généticien Thomas Heams écrit dans Libération du 2 août : "Nicolas Sarkozy a oublié de concéder que dans cet océan de médiocrité, l’Africain, au moins, avait le rythme dans la peau et courait vite. Le tableau aurait été parfait. (…) Et être capable de prononcer un discours sur l’homme Africain, et de toutes ses supposées tares de même que l’on incline à penser que l’on naît pédophile, c’est incontestablement s’inscrire dans une anthropologie raciste, une vision rancie et fermée du monde, où l’Europe civilisatrice et l’Afrique éternelle se regardent en chiens de faïence."
Quid des associations de défense des droits de l’Homme ? Pas grand chose. Si le "J’aime l’Afrique, j’aime et je respecte les Africains", lancé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet dernier n’a vraisemblablement pas suffi aux principaux intéressés, il semble en revanche en avoir contenté plus d’un en France.
http://marianne-enault.lejdd.fr/2007/09/24/1-lafrique-nest-pas-en-sarkoland
24 septembre 2007
A. Bâ remonte les bretelles à Sarkozy !
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(Le Challenger, 24/09/2007) L’ancienne première dame du Mali et non moins historienne émérite a engagé un combat qu’on ne croyait plus d’actualité depuis le début du 20ème siècle : la réhabilitation de l’histoire africaine... Lire l'articleHistorienne et ex-première dame du Mali, Adame Ba Konaré défie Sarkozy L'ex-première dame du Mali, Adame Ba Konaré a lancé un « appel aux historiens » pour répondre au discours du président français Nicolas Sarkozy, prononcé à Dakar le 26 juillet dernier lors d'une visite au Sénégal, a appris Ouestafnews de source informée. Lire la suite de l'article | |||







