30 septembre 2007
La France changera-t-elle sa politique africaine ?
Human Rights Watch denonce, dans un rapport publie mi-septembre, l'implication de l'armee française en Republique Centrafricaine aux cotes des Forces armees centrafricaines et de la Garde presidentielle dans le pillage et le massacre de villages a la frontiere soudanaise. Cette semaine, M. Konare a demande la suppression des bases militaires etrangeres en Afrique, ce qui n'a pourtant pas fait reagir les représentants du G8... ni les medias français qui ont superbement ignore la demande de M. Konare.
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Notre nouveau president nous avait promis la rupture dans tous les domaines. Pour ce qui est des droits sociaux et des cadeaux fiscaux aux privilegies, nous sommes deja fixes. Qu'en est-il de la politique etrangere de la France ?
On attendait beaucoup de la publication du « Rapport pour le president de la Republique sur la France et la mondialisation » d'H. Vedrine qui ne consacre que deux pages sur soixante à la politique africaine et arabe de la France (Cf. Jeune Afrique, 9 sept. 2007). L'ancien ministre des affaires etrangeres propose comme leitmotiv de « changer de ton » (p. 45), ce qui n'est pas pour deplaire à M. Sarkozy, qui, comme vous le savez, a decide de cesser de s'apitoyer sur le sort de « l'africain » et de lui dire ces quatre vérités en face. M. Vedrine accuse le discours français de pessimisme : « a trop repeter qu'un etat, un pays, ne peut plus rien, on en etait venu à deresponsabiliser les gouvernements et a décourager les citoyens » (p. 47) ; certes, M. Sarkozy a donne du baume au cœur des etudiants senegalais en leur serinant que « l'homme africain n'est pas assez entre dans l'histoire. Le paysan africain, depuis des millenaires, vit avec les saisons, dont l'ideal de vie est d'être en harmonie avec la nature » : c'est ce que l'on appelle un changement de ton !
M. Vedrine n'a surement pas voulu envenimer ses relations avec notre « omnipresident » qui ne supporte pas trop les critiques ; il a pourtant ose dire qu « il nous reste une revolution à accomplir dans nos mots, nos attitudes, notre ton, les modalites de nos annonces » ! En effet ! Mais M. Vedrine n'est pas le seul audacieux. Alors que Human Rights Watch vient de publier un rapport incendiaire sur l'implication française dans des massacres de civils en République Centrafricaine, M. Sarkozy a eu le bon sens de remarquer, toujours à Dakar, que « La colonisation n'est pas responsable de toutes les difficultes actuelles de l'Afrique. Elle n'est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n'est pas responsable des génocides. Elle n'est pas responsable des dictateurs ».
Les conclusions du rapport de l'ONG ne laissent pourtant pas place au doute sur la situation en Centrafrique où un contingent de 400 hommes est déploye depuis novembre 2006 : « Les relations etroites entre l'armee française et les forces militaires centrafricaines soulevent de serieuses inquietudes sur le plan des droits humains. ». La France, donneuse de leçons, serait-elle incapable de tirer les leçons de l'histoire ? Le genocide rwandais n'a-t-il pas été suffisant ? Il semble bien que non : « Les forces françaises se trouvent souvent desagreablement proches des exactions commises par leurs homologues de la RCA, mais generalement, elles semblent continuer comme si de rien n'etait, se refusant a voir ce qui se passe sous leurs propres yeux. ».
Mardi dernier, le Conseil de securite de l'ONU, preside par la France, qui a autorise le deploiement de 300 hommes de l'ONU et de l'Union Europeenne au Darfour et au Nord-Est de la RCA pour proteger les civils ainsi que promouvoir le respect des droits de l'homme, a ete le theatre de debats houleux sur le role des armees etrangeres en Afrique ; M. Konare, le president de la commission de l'Union Africaine s'est en effet interpose lors de ce Conseil pour demander « la suppression pure et simple des bases militaires en Afrique » et a denonce l'ingerence des puissances etrangeres sur le continent. Voilà enfin un « discours de rupture » selon le quotidien ivoirien Fraternite-matin : M. Sarkozy a-t-il entendu le message ?








