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Le blog d'infos de Geneviève

04 novembre 2007

Une guerre mondiale n'est pas un fait divers !

Une guerre, mondiale ou semi-mondiale, une guerre tout court, est ce qu'il y a de plus horrible qui puisse arriver aux hommes. Son rejet devrait être à la mesure de l'horreur qu'elle représente. L'opposition à la guerre devrait être si catégorique, sans l'ombre d'une complaisance quelle qu'elle soit, sans le soupçon d'une tentative de « compréhension » de ses prétendues raisons. Sans cela, il n'y aura aucun espoir de l'entraver. Sans cela, l'opposition à la guerre serait du faux-semblant et de la lâcheté. Accepterons-nous de vivre dans la jungle, sous la coupe de la loi du plus fort, avec pour seuls critères la faisabilité et le calcul des profits…accepterons-nous la barbarie ? C'est au fond de cela qu'il s'agit !

Le président américain l'a qualifiée de 3ème guerre mondiale. Les journaux français ont beau faire précéder l'annonce par des « il craint » et « il met en garde », la dissimulation était trop grossière pour passer. Georges Bush menace. C'était à la suite de la visite du président russe à Téhéran. Et pour compléter un dispositif de guerre déjà en place, l'administration américaine a inscrit cette semaine les gardiens de la révolution, leur brigade Qods, le service logistique du ministère de la défense iranienne, et les trois plus grandes banques du pays sur la liste des organisations terroristes. Des sénateurs américains opposés à ces décisions, ont expliqué qu'elles donnaient le feu vert à Bush pour attaquer l'Iran sans plus avoir à demander l'autorisation du Congrès. Il lui suffirait de se référer aux lois de la « guerre contre le terrorisme »…comme quoi tout s'enchaîne. Bush taille lui-même des lois, selon ses désirs, puis il s'y appuie comme sur une vérité objective.

Une guerre, mondiale ou semi-mondiale, une guerre tout court, est ce qu'il y a de plus horrible qui puisse arriver aux hommes. Son rejet devrait être à la mesure de l'horreur qu'elle représente. L'opposition à la guerre devrait être si catégorique, sans l'ombre d'une complaisance quelle qu'elle soit, sans le soupçon d'une tentative de « compréhension » de ses prétendues raisons. Sans cela, il n'y aura aucun espoir de l'entraver. Sans cela, l'opposition à la guerre serait du faux-semblant et de la lâcheté.

Des préparatifs avancés

Car tout est quasiment prêt pour la guerre : côté logistique militaire purement technique, comme côté conditionnement politique, psychologique et de propagande. Le transfert des armes et des unités spéciales vers des bases américaines dans l'océan pacifique et en Asie mineure est déjà accompli, les scenarios des plans A et B sont publiquement discutés par les « think tanks » les plus avisés. La presse américaine a dévoilé qu'il y a eu vers la fin du mois d'août un survol des grandes villes des EU par des avions américains transportant des missiles à tête nucléaire. Les explications, excuses, et autres promesses de sanctions des responsables de cet incident, jugés irresponsables parce qu'ils ont fait encourir des risques effrayants à la population américaine (que dire alors de ceux qui vont les recevoir sur leur têtes !) ont confirmé les faits. Mais il fallait bien transporter ces petites bombes atomiques, ou mini nukes comme on les appelle gentiment. Enfin, dernière nouveauté, le président Bush réclame au Congrès un budget supplémentaire et exceptionnel de 88 millions de dollars pour modifier en toute urgence les bombardiers B2, de sorte qu'ils puissent porter « une arme expérimentale destinée à la destruction de bases militaires souterraines », ce qui de l'avis d'un congressman opposant ne vise ni l'Iraq ni l'Afghanistan où ces bases sont inexistantes.

Le conditionnement politique et de propagande n'est pas moins avancé. Il y a une vulgarisation de l'idée de la guerre contre l'Iran qui la rend familière, et en quelque sorte attendue. La diabolisation du régime iranien, cet « autre fondamentalisme de l'Islam qui se complète avec Al Qaida », ayant déjà été faite, il fallait lui trouver une dangerosité spécifique. Le soutien aux actions militaires contre l'armée américaine en Iraq et en Afghanistan, que Condoleezza Rice n'arrête pas d'évoquer, comme preuve de la mauvaise conduite iranienne, n'est pas un argument convaincant ou du moins il n`est pas suffisant, parce que certains effrontés se demanderont ce que font les troupes américaines dans ces deux pays si lointains des EU, qui en plus sont les voisins de l'Iran, et pourquoi il serait terroriste de les y attaquer. Georges Bush a donc définitivement décidé de lier la guerre qu'il se prépare à lancer à la défense d'Israël menacé dans son existence par le président Ahmadinajad. C'est donc « pour les juifs » et en leur nom que cette guerre aura lieu. Les dirigeants israéliens y sont à fond, qui sillonnent le monde pour convaincre du danger iranien : Olmert à Moscou, Paris, Londres, Levni à Pékin et Barak à Washington. Resté at home, le vieux Shimon Perez (enfin) président d`Israël n'en est pas moins actif : il compare le président iranien à Hitler et Staline (à la fois !). Hitler ? N'est-il pas tout à fait justifié, consensuellement admis, qu'éradiquer Hitler et le nazisme est chose légitime ? Il n'y aura personne pour contredire une telle conclusion.

Quant à la « menace nucléaire iranienne », M.El Baradei et l'ensemble de l'AIEA peuvent continuer jusqu'à l'infini à sortir rapport après rapport affirmant que l'Iran est bien loin de maîtriser la technologie nucléaire et qu'il n'y avait aucune preuve des intentions iraniennes de développer un programme nucléaire militaire. Peine perdue ! On nous la refait à l'Iraquienne. Des « preuves » aussi ténues que le célèbre sac (de farine ou de sucre, allez savoir), que Colin Powell avait brandi devant les caméras du monde entier, disant avec le sérieux d'un homme affligé par la lourdeur de sa mission, que le dit sac contenait une arme bactériologique capable de détruire l'ensemble des EU. Il s'etait rétracté par la suite, quand il avait démissionné de ses fonctions, disant qu'il a été trompé par les services américains. Mais c'était trop tard : la guerre contre l'Iraq et son occupation avaient eu lieu, et si Powell est parti, les troupes américaines continuent jusqu'à aujourd`hui la destruction du pays des mille et une nuits. Souvenez-vous qu'en 1991, la direction américaine avait publiquement promis de renvoyer l'Iraq à l'âge de pierre ! Souvenez-vous des centaines de photos satellites de sites et de bâtiments iraquiens soupçonnés d'activité nucléaire, des photos soumises à « l'opinion publique » via la presse, et qui donnaient à chacun le sentiment qu'il savait ce qui se passait, qu'il était informé et respecté !

L'administration américaine sait mettre en scène. Elle compte sur un long processus de conditionnement pédagogique et psychologique, dûment mené par les medias (sous contrôle), par les programmes éducatifs, en somme par une idéologie qui a gagné, celle de l'immédiateté, et de son corollaire, l'amnésie, celle aussi de la désintégration des notions fondamentales : la référence au Droit, les principes de droits humains universels, le rejet du racisme etc., qui rendaient abjectes des politiques de traitement de certaines populations comme des « populations en trop ». Avec la théorie dominante de « clash des civilisations », ces bases fondamentales ne sont plus au goût du jour.

Les préparatifs du type médiatiques et psychologiques, ne reposent plus uniquement sur le leurre. En plus de ce dernier et des tonnes de mensonges, ils cherchent à construire une « légitimité » populaire dans les pays occidentaux, légitimité qui instrumentalise un état d'esprit : un mélange de justification par la prédation, dont les noms modernes sont le profit et les gains à obtenir quels que soient les moyens, et par la peur bleue de l'Autre, les musulmans aujourd'hui, les « peaux jaunes » demain ?

Les raisons de cette nouvelle guerre

C'est un combat pour la mainmise sur les ressources énergétiques dont les gisements les plus étendus se trouvent dans le triangle irako-saoudo-iranien. Le Moyen-Orient représente également une région géostratégique, carrefour entre les trois vieux continents que sont l'Asie, l'Afrique et l'Europe. La profondeur de son marché est indéniable. S'ajoutent à ces éléments deux autres : la volonté de couper la route à la ré-émergence d`un ou de plusieurs pôles mondiaux, des pôles que représenteraient dans l'avenir proche une Chine montante, une Russie qui reprend ses esprits, une Inde retenue facticement sous l'emprise américaine…c'est en quelque sorte une guerre « préemptive » ! Et puis, qu'ont à perdre les EU ? les guerres, cela fait marcher l'économie, celle de l'industrie de guerre qui est très vaste et dépasse la seule fabrication d'armes, cela crée un sentiment nationaliste face à l'ennemi, et résorbe une main d'œuvre laissée au chômage par la casse des grandes industries traditionnelles et de l'agriculture…Ceux qui meurent dans ces guerres ne sont que les enfants des pauvres devenus encore plus pauvres, ou bien les immigrés « clandestins » à qui on promet des « green cards » et un salaire qui fera vivre la famille. Examinez donc la liste des soldats américains tués en Iraq !

Cette nouvelle guerre qui s'annonce à l'horizon représente également une fuite en avant : l'administration américaine rencontre des difficultés en Iraq et en Afghanistan, des hésitations de la part de certains de ces alliés mondiaux et régionaux, des mouvements de résistance qui font subir des défaites successives à Israël, son protégé favori, un peuple palestinien qui continue après soixante ans, et malgré tout ce qu'il subit, à résister et à ne pas s'aplatir ? Qu'à cela ne tienne ! On élargit le cercle. Si gérer les situations exige de les maîtriser et que cette maîtrise s'avère difficile à réaliser, on sabote le terrain ! Il faudrait réexaminer les approches qui disent que la situation en Iraq a « échappé » aux mains des américains, qu'une nouvelle guerre est peu probable car ils ne pourraient quand même pas occuper l'Iran. Le mode de gestion des suites des guerres n'est pas celui de la stabilité mais, au contraire, celui du chaos. Qui se souvient de la théorie des guerres locales contenues ou « endiguées » ? Tant que ces guerres, régionales ou civiles, ne menacent pas les intérêts du maître suprême, elles peuvent éclater, s'embraser et durer autant que ça dure….

Elles seront aussi, surtout, initiées, provoquées. L'Iraq est désintégré, et l'administration américaine travaille pour la désintégration de l'Iran et de l'ensemble de la région. Elle se contentera de gérer le chaos ! Certes, une multitude de raisons, de processus, ont fragilisé ces sociétés, rendant leur désagrégation envisageable. Mais cette situation est mise à profit, instrumentalisée, accentuée et exacerbée par l`administration américaine qui n'agit pas à cet égard dans l'ombre. Quand ils parlent de la région du Moyen Orient, les diplomates des EU sont passés maîtres dans l'art de manier un langage très bizarre, fait presque exclusivement d'évocation de « groupes sociaux », de « communautés », « d'ethnies », de « tribus », et de « notables »... A les entendre, on se croirait dans un mauvais film, construit à partir de clichés orientalistes !

La démocratie par la guerre ?

Longtemps, Georges Bush s'est entêté à parler de démocratie en construction en Iraq, et de l'amélioration de la situation de ses citoyens, osant même aller jusqu'à le donner en exemple à suivre pour les autres pays de la région. Il a dû se raviser, le scandale étant devenu trop évident. Pour l'Iran, le président américain voudrait mobiliser les consciences autour du danger d'un certain islam radical, en opposition à l'islam modéré avec lequel l'entente est possible.

Cette discussion est sûrement à l'ordre du jour dans les sociétés dites musulmanes, y compris en Iran où des courants intellectuels et politiques, islamistes ou autres, se confrontent sur tous les niveaux. Mais il appartient aux peuples de ces pays de la mener. Les années de dictature sanguinaire et de despotisme noir finissent par épuiser les sociétés sur lesquelles ils s'abattent, par écraser leur dynamisme et par les démunir, y compris face à des armées d`occupation, comme cela a été le cas pour les Iraquiens, (qui ont tenté, malgré tous les malheurs endurés sous Saddam Hussein, de résister depuis la première heure, et qui n'ont toutefois pas reçu l'occupant « avec des fleurs », comme le prédisaient certains iraquiens travaillant à la solde des américains).

Par ailleurs, comment peut-il être envisagé une seule seconde de considérer la guerre comme un moyen d'établir la démocratie ? User de cette justification pour rendre sympathique et tolérable une guerre ou une occupation n'est que du cynisme. Qu'il s'agisse de l'Iraq, de la Syrie ou de l'Iran, comme de n'importe où ailleurs, ce qui est en cours relève du déploiement de l'hégémonie américaine, et de nulle autre raison.

Une terrible perspective

Le panorama de l'horreur qui se déroule devant nos yeux en Iraq serait une pâle illustration de ce qui pourrait arriver si une agression aussi vaste et aussi monstrueuse que laissent présager les préparatifs en cours est déclenchée demain. L'Iraq était exténué par 12 ans d'embargo, par un effondrement quasi-total de l'idéologie du régime, de sa légitimité et de sa crédibilité aux yeux du peuple iraquien. L'Iran est un pouvoir régional montant, et ses capacités de riposte sont intactes, voire renforcées par beaucoup de facteurs. L'embrasement de l'ensemble de la région suite à une telle agression est tout à fait prévisible. Compter sur l'opérationnalité de la contradiction sunnite-chiite est un leurre, et ne repose que sur un scénario de chaos provoqué. Le monde entier ne sera pas à l'abri des conséquences désastreuses de la guerre américaine contre l'Iran. Il le sera encore moins si les impulsions de M. Kouchner et l'atlantisme de M. Sarkozy les poussent à rejoindre les intentions criminelles de Georges Bush.

Mais s'opposer à l'éventualité de la guerre ne peut pas être (uniquement) motivé par le prix que payeront, de toutes les manières, les sociétés éloignées du champ des bombardements et des opérations militaires. Il y va du sens de l'existence humaine. Accepterons-nous de vivre dans la jungle, sous la coupe de la loi du plus fort, avec pour seuls critères la faisabilité et le calcul des profits…accepterons-nous la barbarie ? C`est au fond de cela qu'il s'agit !

Nahla Chahal, 28-10-07

(Edito CCIPPP)

CCIPPP34. http://ccippp34.protection-palestine.org

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31 octobre 2007

Du chaos irakien à l’escalade contre l’Iran

(JPG)

Proclamer que la troisième guerre mondiale a commencé est une chose ; identifier le « nouvel Hitler » en est une autre. Depuis le 11-Septembre, le président George W. Bush a successivement désigné comme adversaire Al-Qaida, l’« axe du Mal », la prolifération des armes de destruction massive, le fascisme islamique, parfois un panachage de tous ces ingrédients. Désormais, le rôle vedette du « méchant » est tenu par l’Iran et incarné par le président Mahmoud Ahmadinejad et ses déclarations provocatrices. Par Alain Gresh

« Notre problème avec le gouvernement iranien ne concerne pas seulement l’Iran, explique M. Nicholas Burns, le sous-secrétaire d’Etat américain (1), mais ce que fait ce pays dans le Grand Moyen-Orient. Cette région occupe l’essentiel du temps de notre administration et du Congrès (...), et nous devons inscrire l’Iran dans le contexte de ce que nous faisons au Moyen-Orient et dans le monde. Nous pensons que l’Iran est un défi pour notre génération. Ce n’est pas un défi épisodique ou passager, il sera au centre de notre politique étrangère en 2010, en 2012 et probablement en 2020. »

Bien qu’étant un des principaux pays exportateurs de pétrole, l’Iran constitue-t-il vraiment cette hydre patibulaire que dénonce Washington (2) ? Certes, ses dépenses militaires ont considérablement augmenté depuis le début de la décennie, mais son armée reste sous-équipée. S’il est vrai que l’éclatement de l’Irak a, mécaniquement, augmenté le poids relatif de l’Iran, à qui la faute ? L’existence d’un clergé chiite transnational peut être un atout (certains chiites irakiens ou libanais font allégeance à un ayatollah iranien), mais aussi une faiblesse (l’inverse est vrai, et de nombreux chiites iraniens « suivent » un ayatollah irakien ou libanais) ; de plus, le clergé chiite est divisé, notamment sur le principe fondamental du pouvoir iranien actuel, le velayat-e-faqih (« gouvernement du docte »), qui donne au guide de la révolution (hier l’ayatollah Ruhallah Khomeiny, aujourd’hui l’ayatollah Ali Khamenei) un pouvoir absolu. Sans même s’attarder sur cette dimension religieuse, la division de la scène politique iranienne n’est pas un facteur de force.

Et l’arme nucléaire ? Dès le début des années 1990, plusieurs rapports américains annonçaient que l’Iran disposerait de la bombe dans les deux ou trois années à venir ; régulièrement démenties, ces prévisions sont toujours « actualisées » : c’était vrai en 1991, en 1995, en 2000, cela reste vrai aujourd’hui. Pourtant l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a répété à plusieurs reprises que, malgré les tentatives de Téhéran pour échapper à certains contrôles, rien ne prouvait l’existence d’un programme militaire iranien.

Supposons même que ce pays se dote demain de l’arme nucléaire, que se passerait-il ? Interrogé en janvier 2007, le président Jacques Chirac faisait un constat d’évidence, qui devait provoquer quelques controverses et une mise au point embarrassée de l’Elysée : « Où l’Iran enverrait-il cette bombe ? Sur Israël ? Elle n’aura pas fait deux cents mètres dans l’atmosphère que Téhéran sera rasée. (...) Si l’Iran possédait une bombe nucléaire et si elle était lancée, elle serait immédiatement détruite avant de quitter le ciel iranien. Il y aurait inévitablement des mesures de rétorsion et de coercition. C’est tout le système de la dissuasion nucléaire (3). » En revanche, comme le soulignait le chef de l’Etat français, la possession par l’Iran de l’arme nucléaire accélérerait la prolifération dans la région. Déjà, les pays du Conseil de coopération du Golfe (4) et l’Egypte ont annoncé leur volonté de développer l’énergie nucléaire civile. L’objectif d’un Proche-Orient débarrassé de l’arme nucléaire devrait rester une priorité, à condition, bien évidemment, d’y inclure tous les pays, y compris Israël, qui fut le premier Etat à l’introduire dans la région.

Aux Etats-Unis, pourtant, règne une vision manichéenne. Le pouvoir iranien, comme hier celui de Gamal Abdel Nasser ou de Saddam Hussein, est qualifié d’irrationnel : auprès du président Ahmadinejad, le concept de dissuasion ne saurait fonctionner. Ainsi a-t-on entendu l’universitaire Bernard Lewis, qui a servi de caution « orientaliste » à l’intervention américaine en Irak, annoncer le plus sérieusement du monde que Téhéran s’apprêtait à lancer une bombe atomique (qu’il n’a pas !) sur Israël le 22 août 2006 car ce jour correspond, dans le calendrier musulman, au voyage que fit le prophète Mahomet à Jérusalem puis au ciel, le président iranien pensant que l’apocalypse accélérera le retour de l’« imam caché » (5). « Cela pourrait bien, écrivait Lewis, être une date appropriée pour la destruction apocalyptique de l’Etat d’Israël et, si nécessaire, du monde. Il est loin d’être acquis que M. Ahmadinejad prévoit de tels cataclysmes pour le 22 août. Mais il serait sage de garder cette possibilité en tête (6). » Ce type de délire est largement répandu à Washington, où, depuis la révolution islamique, l’hostilité à l’Iran est viscérale.

Cette phobie se traduit par un discours de plus en plus agressif de la Maison Blanche, mais aussi de la plupart des candidats à l’élection présidentielle américaine, démocrates et républicains, à l’égard de l’Iran, accusé d’être derrière la « subversion », en Irak comme en Afghanistan. Cette analyse a été reprise par M. Bernard Kouchner, ministre français des affaires étrangères : l’Iran fait « tout » en Irak, transformant ce pays en territoire d’exercice « rêvé (7) ». Et Paris se distingue désormais de ses partenaires européens par ses positions jusqu’au-boutistes, réclamant plus de sanctions contre Téhéran et s’alignant sur Washington au moment même où chacun peut mesurer l’échec de la guerre américaine contre le terrorisme.

Dans le cadre de sa stratégie, Washington a intensifié son aide aux « minorités » - kurdes, arabes, azéris et baloutches. La fragmentation irakienne va-t-elle s’étendre à l’Iran ? Cette politique n’est pas sans susciter de surprenantes contorsions. Ainsi, alors que le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) turc est inscrit sur la liste des organisations terroristes, une délégation du Parti pour une vie libre au Kurdistan (Pejak) - organisation sœur du PKK en Iran -, conduite par son leader Rahman Haj-Ahmadi, était reçue à Washington en août 2007 (8) !

Ce n’est pas la seule contradiction de la stratégie anti-iranienne que tente de mettre sur pied la Maison Blanche avec la création d’un front commun enrôlant les pays modérés du Golfe, l’Egypte, la Jordanie et Israël - et au renforcement duquel devrait contribuer la conférence d’Annapolis sur la paix israélo-palestinienne. Washington a ainsi, directement ou indirectement, intensifié l’aide à des groupes fondamentalistes sunnites, y compris à des extrémistes proches d’Al-Qaida, pour lutter contre les chiites (9). En avril 2007, dans un entretien à Al-Jazira, le prince Hassan de Jordanie accusait un officiel saoudien (plus tard identifié comme le prince Bandar Ben Sultan, dirigeant du conseil national de sécurité saoudien et proche des responsables américains) de financer les groupes radicaux sunnites. Les autorités jordaniennes ont fait saisir la cassette.

A un an de l’élection présidentielle américaine, à seize mois de la fin du mandat de M. Bush, le risque est grand de voir celui-ci tenté par une fuite en avant, par une opération militaire contre l’Iran qui effacerait ses déboires en Irak. A l’automne 2006, au terme de quatre années passées comme ambassadeur d’Israël à Washington, M. Dani Ayalon était interrogé pour savoir si un président aussi impopulaire pouvait prendre une telle décision : « Oui, je le crois. Vous devez connaître l’homme. J’étais privilégié et je le considère comme un ami personnel. Les gens qui le connaissent savent qu’il est très déterminé. Il est sûr de la suprématie morale des démocraties sur les dictatures. (...) Pour lui, les ayatollahs avec des bombes nucléaires, c’est une combinaison intolérable qui menace l’ordre du monde, c’est pour cela qu’il ne laissera pas cela arriver (10). »

Notes :

1) http://bostonreview.net/BR32.3/burns.html

(2) Lire Selig S. Harrison, « Les ultras préparent la guerre contre l’Iran », Le Monde diplomatique, octobre 2007.

(3) « Iran : quand Chirac rectifie Chirac », Nouvelobs.com, 5 février 2007, http://tempsreel.nouvelob s.com

(4) Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats arabes unis, Koweït, Oman et Qatar.

(5) Dans la doctrine chiite, le dernier des imams a « disparu » en l’an 874. Il s’est retiré du monde, mais reste vivant. A la fin des temps, il doit apparaître et installer sur terre un règne de justice et de vérité.

(6) Bernard Lewis, « Does Iran have something in store ? », The Wall Street Journal, New York, 8 août 2006. Lire aussi « Bernard Lewis et le gène de l’islam », Le Monde diplomatique, août 2005.

(7) Agence France-Presse, 4 octobre 2007.

(8) The Washington Times, 4 août 2007.

(9) Lire « Les chiites, le nouvel ennemi », Le Monde diplomatique, juillet 2007.

(10) Entretien accordé au journal Maariv, Tel-Aviv, 19 novembre 2006.

mardi 30 octobre 2007 -Alain Gresh  -  Le Monde diplomatique

http://www.info-palestine.net/article.php3?id_article=3051


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28 septembre 2007

Quand Bush fanfaronnait avant la guerre en Irak

"Il reste deux semaines. Dans deux semaines nous serons militairement prêts. Nous serons à Bagdad fin mars." C'est ce que confiait le président George W. Bush au Premier ministre espagnol de l'époque, José María Aznar, le 22 février 2003, soit quatre semaines avant la guerre, au cours d'une longue conversation privée dans le ranch de Crawford, au Texas, dont le quotidien espagnol El País s'est procuré la transcription. Lors de cet échange, Bush fait part à Aznar de son plan consistant à faire adopter une nouvelle résolution au Conseil de sécurité des Nations unies comme couverture juridique pour intervenir en Irak, même s'il considère que "le moment est arrivé de se débarrasser de Saddam", avec ou sans le feu vert du Conseil de sécurité.

"Nous pouvons gagner sans destruction. Nous envisageons déjà l'Irak post-Saddam et je crois qu'il y a de bonnes bases pour un avenir meilleur. L'Irak a une bonne bureaucratie et une société civile relativement forte. On pourrait organiser le pays en fédération. D'ici là, nous faisons tout notre possible pour répondre aux besoins politiques de nos amis et alliés", assure le président américain.

"Il est très important de disposer d'une résolution. Ce n'est pas la même chose d'agir avec une résolution que sans", insiste Aznar, qui doit faire face dans son pays à une très forte opposition à la guerre. "La résolution sera faite sur mesure pour t'aider. Je me fiche un peu du contenu", le rassure Bush.

A propos de la France, Bush explique : "Le problème, c'est que Chirac se croit Mister Arab, alors qu'en fait il rend la vie impossible aux Arabes. Je ne veux aucune rivalité avec Chirac. Moins il sentira qu'il y a de rivalité entre nous, mieux ce sera pour tout le monde."

"En fait, la meilleure solution serait de gagner la partie sans tirer un seul coup en entrant dans Bagdad", résume Aznar. Bush est d'accord : "Ce serait la solution idéale. Je ne veux pas la guerre. Je sais ce que sont les guerres. Je sais la mort et la destruction dont elles s'accompagnent. C'est moi qui dois consoler les mères et les veuves des morts. Bien sûr, pour nous ce serait la meilleure solution. Et en outre, ça nous économiserait 50 milliards de dollars."                                     

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