22 novembre 2007
SDF: les hivers se suivent et se ressemblent

REUTERS
Selon un sondage BVA réalisé pour l'association Emmaüs, 60 % des SDF jugent que leur situation n'a pas changé ou s'est dégradée.
LIBERATION.FR : jeudi 22 novembre 2007
Un an après l'installation du camp de tentes au bord du canal Saint-Martin à Paris, 75% des Français estiment que la situation des SDF est inchangée ou s'est même aggravée, selon un sondage BVA (1) réalisé pour l'Association Emmaüs et rendu public aujourd'hui.
Parmi les SDF, 60% estiment que leur situation n'a pas changé ou s'est dégradée. 26% d'entre eux pensent au contraire que leur situation s'est améliorée. ils évoquent en particulier l'extension des horaires d'ouverture des centres d'hébergement qui leur évite de se retrouver à la rue dès le matin.
Parmi les SDF interrogés, 42% disent avoir eu «au cours des derniers mois des difficultés pour trouver un hébergement pour une nuit». Ils se disent «bien accompagnés» pour se faire soigner (74%), pour effectuer des démarches administratives (59%), pour sortir de l'isolement (47%). Mais seulement 30% se disent bien accompagnés pour chercher une formation, 33% pour chercher un emploi, et 28% pour chercher un logement.
78% d'entre eux jugent les lieux d'hébergement «en bon état». Enfin, ils sont 38% à penser que dans un an ils vivront dans leur propre logement, contre 28% dans un centre d'hébergement, 8% dans un hôtel payant, 4% « principalement dans la rue». Globalement, 90% ont envie de «se fixer définitivement quelque part».
A l'occasion de la parution du sondage,
l'Association Emmaüs soumet aux pouvoirs publics et aux candidats aux
élections municipales dix mesures «immédiates et concrètes», dont la
mise en place dans chaque ville des maraudes pour combattre
l'isolement des sans-abri ; l'obligation de créer un centre
d'hébergement d'urgence de proximité dès que 20 personnes demandent à
être hébergées; la fixation d'un objectif par département pour que
dans le cadre de la loi sur le droit au logement opposable (Dalo) tous
les demandeurs soient effectivement relogés; le respect de la loi
imposant 20% de logements sociaux dans chaque municipalité ;
l'application du droit de préemption et éventuellement de réquisition
pour les bâtiments vides...
(1) Sondage réalisé par BVA et par téléphone auprès d'un échantillon de 1005 personnes âgées de 15 ans et plus, les 9 et 10 novembre 2007. Consultation des sans-abri réalisée à partir de l'exploitation de 419 questionnaires tirés au sort parmi les 731 remplis les 5 et 6 novembre par des SDF hébergés dans des centres hébergement d'urgence et des centres d'accueil de jour Emmaüs.
http://www.liberation.fr/actualite/societe/293086.FR.php
18 novembre 2007
Deux SDF retrouvés mort de froid
Marseille :
Un homme sans domicile fixe, âgé
d'une soixantaine d'années, a été retrouvé mort, «vraisemblablement de
froid», samedi matin dans le hall d'un immeuble des quartiers nord de
Marseille, a-t-on appris de source policière.
Les marins-pompiers, qui sont intervenus, ont constaté que le corps était en état d'hypothermie. Un examen supplémentaire du corps a été requis, a précisé cette source. Le défunt, qui se prénommait Antonio, était un habitué des Restos du Coeur où il avait pris son repas vendredi soir, a indiqué une source au Samu Social de la Croix-Rouge à Marseille.
Face à la baisse des températures nocturnes, aggravées par le vent, la ville de Marseille a déclenché cette semaine son «plan hivernal extrême», qui permet d'accueillir les sans-logis en période de grand froid. La préfecture des Bouches-du-Rhône a demandé aux centres d'hébergement du département d'être en «situation de vigilance» et de mettre à disposition des lits supplémentaires.
20Minutes.fr, éditions du 17/11/2007 - 20h02
Ajaccio
Un homme sans domicile fixe a été retrouvé mort de froid vendredi matin vers 6h30 dans une rue d'Ajaccio,
a-t-on appris auprès des forces de sécurité intérieure de l'île.
L'homme ne possédait pas de papiers d'identité mais pourrait être
d'origine roumaine, selon les premiers témoignages recueillis. La
température était à Ajaccio d'environ 5 degrés. mais aggravée par la
pluie et le vent qui soufflait en tempête.
La veille, les Alpes-de-Haute-Provence et le Var avaient renforcé leur plan grand froid. Le Vaucluse avait ouvert la marche, mercredi. Ces trois départements sont passés au niveau 2 du plan grand froid, qui prévoit un accueil des personnes en lien avec le 115 (numéro départementalisé et gratuit d'aide aux sans abri) via l'ouverture de places supplémentaires dans les établissements hospitaliers et la mobilisation, en cas de besoin, de nuitées d'hôtels.
Les trois préfectures ont justifié leur décision par la baisse des températures dans la région. Dans le Vaucluse en particulier, les prévisions de Météo-France fait état de températures nocturnes à - 8 degrés et d'un très fort mistral pour les deux prochaines nuits.
20Minutes.fr, éditions du 16/11/2007 - 10h04
18 octobre 2007
Journée de lutte contre la misère : Condamnés à l’errance...
Journée de lutte contre la misère . 20 000 personnes sont attendues à Paris ce 17 octobre.
Gros plan sur une famille de gens du voyage expulsée de son terrain à Herblay (Val-d’Oise).
C’était une fin d’après-midi d’hiver, en janvier de cette année. Un retour en région parisienne, à Herblay, dans le Val-d’Oise. Trois cent quatre-vingts kilomètres depuis la Basse-Normandie, des bagages plein le coffre, les gamins endormis sur la banquette arrière et puis la caravane, bien sûr, fidèle au moindre roulis familial. Un retour de vacances comme il s’en vit pléthore. Jusqu’à l’arrivée. Entrée de leur terrain barrée par de grosses pierres, espace réquisitionné, biens mutilés. Manouches expulsés. Sophie, Thierry et les leurs n’ont pas eu le choix. « La police municipale, les gendarmes et le maire étaient là, raconte-t-elle. Nous avions les enfants, le bébé… Nous avons fait demi-tour et nous sommes repartis à Avranches, où nous venions de passer la semaine, chez ma belle-soeur. »
Un an après, Sophie vit toujours là, dans la Manche, à 380 kilomètres de chez elle. Avec d’autres, elle s’est installée sur la place des gens du voyage de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Un terrain mal aménagé, goudronné à la va-vite, dont le sol suinte dès qu’il pleut, un mélange d’huile et de boue. Deux toilettes pour une trentaine d’enfants et une vingtaine d’adultes. Les robinets d’eau ont été démontés, à l’exclusion de deux, en bout de terrain. Le matin et le soir, il faut fermer les fenêtres tant l’odeur de la déchetterie voisine est forte. « À Herblay, le sol était propre, les caravanes séparées par des clôtures. Et nous avions l’eau à disposition », se souvient Sophie. Singulière, son histoire commence, comme beaucoup d’autres, par un avis d’expulsion et se termine avec les gendarmes.
Dans son cas, c’est la municipalité qui a voulu récupérer son morceau de terrain pour en faire un espace de loisir. Des manouches vivaient là, certains depuis quarante ans. En novembre 2005, une première injonction leur commande de payer une astreinte de 70 euros par jour et par personne. Impensable pour Sophie et Thierry. Elle, vingt-six ans, vendeuse, est sans emploi depuis son deuxième enfant. Lui, vingt-sept ans, ancien apprenti boucher, ferrailleur à ses heures, n’a pas de salaire régulier. Avec ses trois enfants, le couple fait son affaire des 940 euros mensuels que leur verse la CAF mais se sert la ceinture sur la moindre dépense.
Pas de trêve hivernale pour les gens du voyage.
En novembre 2006, un - second procès autorise l’expulsion. Pas de trêve - hivernale pour les gens du voyage. « La loi dit que, si nous avons le chauffage dans les caravanes, nous pouvons être expulsés en toute saison », explique Thierry. Pas de délicatesse, non plus. « Nous venions de construire un petit chalet en bois sur notre emplacement », raconte Sophie. À l’intérieur, un frigo, une cuisinière, une machine à laver. « Quand nous sommes rentrés de vacances, tout était détruit, les affaires avaient disparu. »
La famille restera quelques mois à Avranches, sur l’espace réservé aux gens du voyage. En septembre, celui-ci est fermé pour travaux. De nouveau l’incertitude et l’errance. Une semaine sur le bord de la route. « Nous allions chercher l’eau dans les cimetières, environ 20 seaux chaque jour. »
Jusqu’à Saint-Hilaire, donc. Océane, sept ans, la blondeur et les yeux bruns de sa mère, et Preston, deux ans et demi, les joues rondes et le sourire de son père, sont inscrits à l’école de la commune. Hors de question qu’ils ne bouclent pas leur année. Et ce que vise le couple, c’est le retour en région parisienne. Les 380 kilomètres qui l’en séparent sont devenus l’obsession de Sophie. « Ma mère vit en Seine-et-Marne. Elle est malade du coeur et est sous oxygène… » Sans stabilité, pas d’espoir, non plus, de retrouver un emploi. Et puis il y a Océane, fille d’un premier mariage et dont le père exige aujourd’hui la garde.
Errance permanente ou sédentarisation forcée ?
La solution, pour eux, serait d’emprunter et d’acheter un bout de terrain où poser leurs valises. Mais même cela, le droit le leur proscrit. « Interdit de rester plus de trois mois à plus de trois caravanes sur un même emplacement », récite mécaniquement Thierry. Errance permanente ou sédentarisation forcée ? Où se dessine l’hypocrisie d’une loi qui interdit, de fait, aux gens du voyage de vivre selon leur choix.
Marie-Noëlle Bertrand
http://www.humanite.fr/2007-10-17_Societe_Condamnes-a-l-errance







